Le Nutri-Score, c'est quoi exactement ?
Le Nutri-Score est un système de notation nutritionnelle apposé volontairement sur le face avant des emballages alimentaires. Il se présente sous la forme d'une échelle à cinq niveaux, allant du A vert foncé (meilleure qualité nutritionnelle) au E rouge vif (qualité nutritionnelle la moins bonne), en passant par B vert clair, C jaune et D orange. Son objectif est de donner au consommateur une information synthétique et lisible en un coup d'oeil, là où les tableaux nutritionnels réglementaires exigent une lecture attentive.
Né d'une initiative de santé publique française validée par la loi de modernisation du système de santé de 2016, le Nutri-Score a progressivement été adopté par plusieurs pays européens (Belgique, Allemagne, Espagne, Pays-Bas, Luxembourg, Suisse). La Commission européenne a engagé un processus d'harmonisation qui pourrait conduire à l'adoption d'un système similaire à l'échelle de l'Union, bien que la résistance de certains lobbies agroalimentaires ralentisse le processus.
Comment est calculé le score ?
Le calcul du Nutri-Score repose sur un algorithme qui attribue des points négatifs aux nutriments considérés comme défavorables pour la santé en excès, et des points positifs aux éléments nutritionnels bénéfiques. Côté négatif, entrent en jeu : la densité calorique (énergie pour 100g), la teneur en sucres simples, la teneur en acides gras saturés et la teneur en sodium (sel).
En 2023, l'algorithme a été mis à jour pour mieux prendre en compte certaines spécificités — notamment pour les graisses végétales et les boissons. Huiles d'olive et de colza, qui obtenaient un mauvais score malgré leurs qualités nutritionnelles reconnues, sont désormais mieux valorisées. Le nouveau calcul affine également la prise en compte des sucres ajoutés par rapport aux sucres naturellement présents.
Les preuves d'efficacité : ce que montrent les études
Plusieurs études ont évalué l'impact du Nutri-Score sur les comportements d'achat. Une étude publiée dans le British Medical Journal (2017) a comparé différents systèmes d'étiquetage nutritionnel frontaux et conclu que le Nutri-Score surpassait ses concurrents en termes de compréhension et d'impact sur les décisions d'achat au sein d'un panel représentatif de consommateurs français.
Des résultats particulièrement intéressants ont été observés chez les consommateurs à faibles revenus, qui sont statistiquement plus exposés aux produits ultra-transformés et aux maladies chroniques liées à l'alimentation. Pour ces populations, le Nutri-Score semble avoir un impact plus significatif sur les choix effectués que pour les consommateurs ayant déjà un niveau élevé de culture nutritionnelle.
Comment utiliser le Nutri-Score correctement
La règle d'utilisation du Nutri-Score est simple mais souvent méconnue : il est conçu pour comparer des produits appartenant à la même catégorie alimentaire, pas pour comparer des aliments de natures différentes. Un biscuit noté B est préférable à un biscuit noté D, mais cette note B ne signifie pas que ce biscuit est aussi intéressant nutritionnellement qu'une pomme ou qu'un bol de légumineuses.
Autrement dit, si vous hésitez entre deux pizzas surgelées, le Nutri-Score vous aide à choisir la moins défavorable. En revanche, il serait contre-productif de l'utiliser pour justifier de manger davantage de pizzas surgelées parce qu'une variété est notée B. Le Nutri-Score est un outil de discrimination au sein d'une catégorie, pas un brevet de santé global.
Les limites et critiques du système
Le Nutri-Score, malgré ses mérites, présente des limites réelles que ses promoteurs eux-mêmes reconnaissent. Son algorithme évalue un produit sur la base de 100g ou 100ml, sans tenir compte des portions réelles consommées. Un produit consommé en très petite quantité (sauce soja, huile d'olive, noix) peut obtenir un mauvais score malgré un impact nutritionnel réel négligeable ou même bénéfique dans le contexte d'une alimentation globale.
Par ailleurs, la qualité intrinsèque de certains nutriments n'est pas prise en compte. Tous les lipides ne sont pas équivalents : les acides gras polyinsaturés de l'huile de poisson ou les oméga-9 de l'huile d'olive ont des effets physiologiques très différents des graisses saturées, mais les deux contribuent négativement au score. De même, tous les sucres ne se valent pas : le fructose naturel d'un abricot entier et le sucre raffiné d'un biscuit industriel agissent différemment sur l'organisme.
Les aliments sans Nutri-Score : que faire ?
Le Nutri-Score étant volontaire, de nombreux produits — notamment des marques dont les produits obtiendraient de mauvaises notes — n'en portent pas. Certains industriels préfèrent simplement ne pas apposer le logo plutôt que d'afficher un D ou un E qui nuirait à leurs ventes. Cette absence d'obligation est l'une des principales critiques adressées au système par les associations de consommateurs.
Pour les produits sans Nutri-Score, la lecture du tableau nutritionnel reste l'outil de référence. Concentrez-vous sur la teneur en sucres (moins de 5g pour 100g est favorable), en sel (moins de 0,6g pour 100g), en graisses saturées (moins de 3g pour 100g) et en fibres (plus de 3g pour 100g est un bon indicateur de qualité nutritionnelle pour les féculents et les céréales).
Le Nutri-Score ne remplace pas l'éducation nutritionnelle
Les partisans du Nutri-Score et ses créateurs s'accordent sur ce point : le logo ne peut pas se substituer à une culture nutritionnelle de base. Il est un complément utile à une démarche globale d'alimentation consciente, mais pas un raccourci suffisant pour manger sainement. Un consommateur qui achèterait uniquement des produits notés A ou B sur la base du Nutri-Score pourrait très bien passer à côté d'aliments peu transformés et nutritionnellement précieux (noix, huiles de qualité, certains fromages) qui obtiennent un score médiocre.
L'évolution du Nutri-Score : vers un système plus précis
Depuis sa création, le Nutri-Score a été révisé et ses faiblesses reconnues ont conduit à des ajustements de l'algorithme. La révision de 2023 a amélioré le traitement des corps gras (valorisation des huiles insaturées), des produits céréaliers (prise en compte de la proportion de grains entiers) et des boissons (traitement différencié de l'eau et des boissons sucrées). Ces améliorations montrent que le système est vivant et ouvert à la critique scientifique.
Des discussions sont en cours au niveau européen pour compléter le Nutri-Score par d'autres indicateurs, notamment un score de durabilité environnementale (carbon footprint, water footprint), pour offrir aux consommateurs une vision plus complète de l'impact de leurs choix alimentaires — à la fois sur leur santé et sur la planète.
En conclusion : un outil utile, pas infaillible
Le Nutri-Score est un outil imparfait mais réel de santé publique, dont l'efficacité à orienter les choix alimentaires vers des produits de meilleure qualité nutritionnelle est documentée scientifiquement. Son utilisation optimale suppose de comprendre ce qu'il mesure, dans quelles conditions il est pertinent et quelles sont ses limites. Utilisé correctement, il simplifie la lecture des rayons sans remplacer le bon sens nutritionnel et la connaissance des grandes familles d'aliments.
